décembre 2004, par Yonnel Kurtz
L’armé est souvent vu comme une contrainte technique incompréhensible et qui rebutte bon nombre de gens qui voudraient partager notre passion. Geste difficile, mais aussi geste sans raison apparente pour le néophyte, la Canne de Combat et Bâton ne saurait pourtant exister sans ce principe.
Le CNCCB, à travers le mémento fédéral de la Savate Boxe Française, partie "Canne de Combat et Bâton", nous propose une justification historique de ce mouvement. Cet excellent article a la particularité de nous réconcilier avec ce mouvement.
Définition : "l’armé est un mouvement préparatoire à l’exécution d’un coup, qui consiste à faire passer la main munie de l’arme derrière l’axe vertébral pour ensuite la ramener vers la cible" (memento fédéral de mai 2004)
L’armé des coups en Canne de Combat et Bâton passe derrière l’axe vertébral à l’inverse de la Savate [...]. Cet armé profond des coups en Canne de Combat et Bâton est donc une particularité qui va déterminer la technique et l’esprit de ces disciplines.
Pour mieux le comprendre, il faut connaître sa justification historique : en effet, la canne et le bâton ont été, tour à tour dans l’histoire, outils, symboles, objets d’apparat, et armes rudimentaires avant d’intégrer les écoles militaires au 19e siècle. Moins coûteuses et moins dangereuses, ces armes de substitution rendaient plus accessible l’apprentissage de l’escrime.
Au début de leur histoire, ces armes en bois, s’inspirant de l’art de la guerre français, se sont approprié les techniques de l’épée et du sabre, notamment en contenant le développement des coups à l’avant de la garde. Puis, après avoir longtemps simulé la taille et l’estoc de l’escrime, la Canne et le Bâton abandonnèrent la fausse menace de leur tranchant virtuel. Ces armes en bois allaient s’autodéterminer comme discipline à part entière au travers des techniques dont l’efficacité viendrait de leur nature même, de leur condition d’arme contondante et non tranchante.
Cette mutation fut marquée par la nécessité de rajouter de la puissance aux coups. Et c’est à la fin du 19e siècle qu’apparurent les premiers mouvements renforcés. De la même façon que l’on bande un arc avant de décocher, le principe était de suffisamment reculer le bras vers l’arrière du buste pour donner à l’arme de l’élan, du ressort, donc de la puissance à l’impact : l’armé était né ! Il donna une réelle identité à cette discipline en montrant des gestes nouveaux plus amples, redoutables et esthétiques. Sur la base de ces qualités, l’idéo-motricité de la discipline Canne et Bâton prend tout son sens car elle perpétue les choix techniques anciens, non pas seulement pour leur valeur historique, mais surtout pour leur efficacité intrinsèque qui, encore aujourd’hui dans le monde, n’a pas d’équivalent dans les autres sports de combat de ce type.
Différents armés se sont succédé depuis l’époque de Charlemont. On a vu les premiers armés, très hauts au dessus de la tête, former une parade en toit de laquelle partaient des coups obliques plongeant avec une rare puissance. On a vu ensuite des armés enroulés autour de la nuque utilisant cet axe comme un pivot propulseur. Puis, sont apparus, à l’occasion de la renaissance de la Canne de Combat et du Bâton dans les années 1970, les armés actuels qui se positionnent au dessus de l’épaule afin d’augmenter le contrôle de la précision et de la puissance des coups.
Dans le même temps, l’apparition du masque d’escrime dans les confrontations de Canne de Combat contribua aussi à l’abandon de cet armé autour de la nuque, gêné par l’encombrement de cette nouvelle protection.
Aujourd’hui, l’armé est la démonstration de cette recherche historique de puissance sans l’impact d’origine. En effet, celui-ci est réduit à sa plus simple expression par le règlement d’arbitrage qui stipule qu’une touche doit être franche et nette mais non violente.
Bien que l’armé, en tant que vestige des temps anciens, ait des vertus justifiant sa présence dans la pratique moderne de la Canne de Combat et du Bâton, il ne faut pas perdre de vue qu’un coup armé a l’inconvénient d’éloigner l’arme au centre de la garde, rendant vulnérable celui qui l’exécute, ainsi que de signaler une attaque imminente.
Tous les coups devenant prévisibles, il devient alors difficile de pouvoir surprendre son adversaire sur une seule frappe. Par conséquent, la diversité des enchaînements et de leurs applications tactiques, est une des meilleures réponses aux contraintes de l’armé. En outre, les parades utilisent les trajectoires des armés et rendent les ripostes plus rapides, car lorsque qu’un tireur se positionne en parade, il se rapproche d’une position d’armé, donc d’une contre-attaque.
Pour toutes ces raisons, on constate que l’armé qui pouvait apparaître comme un désaventage depuis que l’on a réglementé la puissance des frappes qui était sa raison d’être, est finalement une aubaine ouvrant un champ tactique immense.